Véracité d'une information, fiabilité d'une source : deux jugements qu'il ne faut pas confondre
Une source fiable peut diffuser une information fausse, et une source douteuse peut rapporter un fait exact : ce sont deux jugements distincts à croiser.
À retenir
- La fiabilité juge une source dans la durée ; la véracité juge un fait ponctuel.
- Les quatre combinaisons possibles entre les deux existent réellement et se rencontrent en pratique.
- Une source fiable qui se trompe une fois ne devient pas automatiquement peu fiable pour autant.
- Traiter les deux jugements séparément évite d'écarter à tort une information exacte ou d'en retenir une fausse.
Deux questions, pas une seule
Face à une information, deux questions se posent, et elles n'ont pas la même réponse ni la même méthode de vérification. La première porte sur l'information elle-même : ce qu'elle affirme correspond-il à ce qui s'est réellement passé. La seconde porte sur la source qui la transmet : cette source a-t-elle, dans la durée, un historique qui justifie qu'on lui accorde du crédit par défaut. Ces deux questions se répondent indépendamment l'une de l'autre, et confondre leurs réponses conduit à des erreurs de jugement systématiques.
La confusion la plus fréquente consiste à déduire la véracité d'un fait de la seule réputation de la source qui le rapporte : une source jugée fiable voit ses affirmations acceptées sans examen supplémentaire, une source jugée douteuse voit les siennes rejetées sans examen non plus. Ce raccourci fonctionne suffisamment souvent pour paraître fiable, ce qui le rend d'autant plus dangereux dans les cas, minoritaires mais réels, où il conduit à l'erreur inverse.
Ce raccourci se renforce d'ailleurs lui-même avec le temps : une fois qu'une source a été classée fiable, chaque nouvelle affirmation qu'elle publie bénéficie d'une présomption favorable qui décourage l'examen indépendant, et cette présomption grandit à mesure que la source confirme, cas après cas, le classement qui lui a été attribué. Le jour où elle se trompe, l'écart entre la présomption acquise et l'erreur réelle peut passer inaperçu plus longtemps que si la même erreur venait d'une source sans historique établi.
Ce que mesure la fiabilité d'une source
La fiabilité d'une source s'évalue sur la durée et sur un ensemble d'affirmations passées : a-t-elle, à travers de nombreuses publications, rapporté des faits qui se sont vérifiés par la suite, a-t-elle corrigé ses erreurs quand elles sont apparues, a-t-elle des intérêts déclarés qui pourraient orienter systématiquement ce qu'elle choisit de rapporter. Ce jugement se construit lentement et se révise rarement d'un seul coup, parce qu'il repose sur un historique et non sur un événement isolé.
Une source peut ainsi être jugée globalement fiable tout en produisant, ponctuellement, une information fausse, par erreur de collecte, par tromperie subie de bonne foi, ou par une source secondaire elle-même défaillante qu'elle n'a pas su identifier. Cette possibilité n'annule pas la fiabilité générale de la source, elle signale simplement qu'aucune source, même la plus rigoureuse, n'offre une garantie absolue sur chacune de ses affirmations prises isolément.
Documenter cet historique suppose de garder trace des erreurs autant que des confirmations, ce qui demande une discipline que beaucoup de dispositifs de veille n'appliquent pas systématiquement : il est plus facile de noter qu'une source a bien rapporté un fait que de revenir, des mois plus tard, constater qu'une autre de ses affirmations ne s'est finalement pas vérifiée. Cette asymétrie de suivi biaise mécaniquement la fiabilité perçue vers le haut si elle n'est pas corrigée par une relecture régulière du dossier.
Ce que mesure la véracité d'une information
La véracité, à l'inverse, ne porte que sur l'affirmation précise examinée, indépendamment de qui la transmet. Elle se juge par recoupement avec d'autres sources indépendantes, par cohérence avec des faits déjà établis, ou par vérification directe quand elle est possible. Une information peut être vraie même si elle provient d'une source globalement peu fiable, parce que cette source a, cette fois, correctement rapporté un fait exact, que ce soit par accès privilégié ponctuel ou par simple hasard des circonstances.
Ce découplage explique pourquoi le recoupement reste indispensable même face à une source jugée fiable, et pourquoi une source douteuse ne doit pas être écartée d'emblée sans qu'on vérifie ce qu'elle affirme cette fois précisément. Les deux jugements se nourrissent l'un l'autre sur le long terme, l'accumulation de véracités ou d'erreurs constatées façonnant la fiabilité, mais ils restent à traiter séparément à chaque instance.
Les quatre cas possibles
Croiser les deux jugements produit quatre configurations, dont la plus négligée est celle d'une source fiable qui rapporte, une fois, une information fausse. Cette configuration est souvent la plus mal gérée en pratique, parce que la réputation de la source tend à protéger l'information d'un examen qu'elle recevrait si elle venait d'ailleurs. Le tableau ci-dessous résume les quatre cas et la conduite à tenir dans chacun.
La deuxième ligne du tableau mérite une vigilance particulière parce qu'elle est celle où le raccourci habituel échoue : une réputation solide encourage à publier sans recoupement supplémentaire, précisément dans le cas où ce recoupement aurait permis d'intercepter l'erreur avant sa diffusion.
Traiter les deux jugements séparément dans une note
Concrètement, une note d'analyse gagne à qualifier les deux dimensions de façon distincte plutôt que de les fondre dans une seule appréciation globale du type « source crédible » ou « information à prendre avec prudence ». Indiquer séparément le niveau de fiabilité historique de la source et le niveau de recoupement obtenu pour l'affirmation précise en cause donne au lecteur les moyens de juger chaque configuration, y compris celle, plus rare, d'une source fiable en défaut sur ce point précis.
NewsCore (www.newscore.fr) qualifie séparément la fiabilité d'une source et la véracité de chaque information rapportée, et relie l'une comme l'autre au document d'origine.
Ce repère se distingue d'une échelle de confiance et de preuve, qui gradue la solidité d'une seule affirmation sur un axe continu ; il porte ici sur la nécessité de croiser deux axes séparés, celui de la source et celui du fait, plutôt que de les réduire à un seul jugement global qui masquerait des configurations pourtant fréquentes en pratique.
Questions fréquentes
Une source fiable qui se trompe une fois doit-elle être reclassée comme peu fiable ? Pas automatiquement : la fiabilité se construit sur un historique étendu, et une erreur isolée, surtout si elle est reconnue et corrigée, pèse moins que le constat qu'elle serait, à l'inverse, jamais corrigée ni reconnue.
Une information rapportée par une seule source douteuse peut-elle être publiée si elle se recoupe ? Oui, à condition que le recoupement provienne de chaînes d'origine réellement indépendantes de cette source ; le recoupement, pas la réputation de qui a rapporté le fait en premier, est ce qui établit la véracité.
Comment présenter dans un texte une information vraie venue d'une source peu fiable ? En signalant les deux éléments côte à côte : l'origine douteuse de la première mention et le recoupement indépendant qui a permis de confirmer le fait malgré cette origine, sans laisser croire que la source elle-même serait devenue fiable pour autant.
Faut-il systématiquement recouper une source jugée très fiable ? Le recoupement reste la garantie la plus robuste contre l'erreur ponctuelle, y compris pour une source solide ; l'économiser sur les affirmations les plus sensibles revient à parier que la réputation suffira toujours, ce que le cas d'une source fiable en défaut dément régulièrement.